— Bon ! bon ! je cède ! — avait grogné la mère Langlet — mais vous verrez, mon garçon ! Vous avez tort de vous embarrasser d’une femme ! Toutes les femmes, ça n’est quelquefois pas assez, mais une femme, c’est toujours trop !…

VI

Les Langlet avaient une fille, mademoiselle Étiennette Langlet, seize ans, une jolie brunette aux yeux verts, aux cheveux bouclés, avec une bouche un peu large dont le sourire en disait long…

Mademoiselle Étiennette était guettée, comme la poule par le renard, par M. Antonin Mariol (le dernier et le plus chic échantillon de la famille Langlet). Et comme il la guettait, il l’eut.

En était-il, de cette famille, Antonin Mariol ? Mystère !

Neveu ? cousin ? on ne savait. Mais il était né à la grande vie parisienne en même temps que les Langlet, dont il était le factotum obligeant, l’employé indispensable, le successeur fatal, l’allié futur, le cerveau, la main droite — et la main gauche par surcroît.

Antonin Mariol avait vingt-cinq ans. C’était un exquis garçon, tout de charme et de souplesse, cordial et perfide, d’une intelligence, disons commerciale, avec cela très obstiné. Le coup d’œil juste, l’exécution habile, il était le sens pratique incarné. La prospérité toujours croissante des établissements Langlet était due beaucoup à son initiative. Expert en publicité, artiste en réclame, il eût fait salle comble en plein Sahara !

Le moyen de ne point accepter tout d’un phénix pareil !

C’est devant Antonin Mariol que Fernand et Blanche Mésange durent comparaître, quelques jours après leur engagement au Colorado. La mère Langlet avait tenu à ce que son confident jugeât par lui-même les nouvelles acquisitions.

Encore une fois, dans le bureau sombre de la régie, l’audition eut lieu.