— Tu vas voir. Tu me remercieras.
Et sitôt le fiacre arrêté devant la brasserie et les voyageurs descendus :
— Monsieur Solness ! présenta Lourbillon, voici mon ami Fernand dont je vous ai parlé, et à qui vous voulez bien faire la magnifique surprise en question !
Fernand considéra le généreux inconnu qui s’occupait de lui préparer une surprise magnifique. C’était un grand garçon blond, à la bouche hermétique et aux yeux bridés, complètement rasé et dont la figure, en cet instant, considérablement riante, épanouie et cordiale, devait au repos paraître rusée, close et inquiète.
— Solness, le peintre ! expliqua Lourbillon avec feu ; — tu sais bien ! celui qui fait toutes les grandes affiches qu’on voit sur les colonnes Morris ! et qui veut faire la tienne, pour tes débuts ! hein, mon vieux !
Et il tapa, d’allégresse, sur les cuisses de Fernand, en extase.
Son affiche ! une affiche ! énorme ! coloriée ! qui serait son portrait, son image à lui, dans la rue ! sur les murs !
Toujours lui ! lui partout !
— Oh ! monsieur !
— Oui ! — confia Solness, d’une voix circonspecte — j’ai entendu parler de vous par M. Lourbillon, et par d’autres personnes aussi, du reste, (ceci fut dit légèrement, en passant, car Solness aurait été fort embarrassé de nommer les dites personnes, et pour cause !) — Il paraît que vous allez, d’ici à quelques jours, révolutionner le concert et faire courir tout Paris. Et je serais vraiment heureux d’être le premier à vous présenter à la foule, dans une épreuve avant la lettre, si j’ose dire, avant le grand tirage de la célébrité !