Il ajouta :
— Maintenant que vous vous appartenez encore, on peut causer avec vous ! Plus tard, demain, quand vous appartiendrez au monde entier, on ne pourra plus. Il faudra vous demander audience.
— Oh ! monsieur, jamais ! protesta naïvement Fernand, projeté au septième ciel, et qui se sentait pousser des ailes.
— Oui, oui, on dit ça ; on le croit même ! et puis, quand la gloire est venue !…
Solness articula cela sans rire, avec un sérieux mélancolique, en homme qui a sondé l’ingratitude humaine et qui sait combien l’ascension du Capitole change les meilleures natures.
— Et ce serait une grande affiche, monsieur ? interrogea Fernand haletant, et donnant libre cours à son unique préoccupation.
— Immense ! hurla Lourbillon, et étendant aussi loin que possible l’envergure de ses longs bras maigres :
— Plus grande que ça !
— Un double colombier ! glissa Solness ; un placard qui tiendrait tout un côté de la colonne ! Et puis, on la ferait balader par les hommes sandwichs et par les voitures réclames !
Fernand ne respirait plus. Pourtant, un moment, le sentiment logique que ce monsieur, si aimable, ne devait pas travailler pour rien, traversa son cerveau, et timidement :