Arrivés devant la porte de Toni-Truant, ils virent deux dames fort élégantes qui, sautant d’une correcte voiture de maître, leur demandèrent fort gracieusement de les aider de leur présence à entrer dans ce cabaret.

— Nous avons un peu peur d’entrer toutes seules…

— Mais volontiers, répondirent les deux hommes. Et cognant à la porte toujours close, aux volets fermés, ils entrèrent tous quatre… Dès l’apparition des femmes, Toni-Truant cria :

— V’là des peaux ! v’là de la garce ! Puis aux deux hommes : Allez, foutez-vous là… C’est à toi cette marmite-là ? Oh ! qu’elle est pââââle ! Qui qu’c’est qu’est le miché d’vous deux ? C’est toi l’vieux ! Qu’est-ce que vous prenez ? des bocks ? Deux bocks, Eugène !

Et lâchant les nouveaux venus, Toni-Truant s’assit sur un coin de table. Fernand s’aperçut alors qu’il était chaussé de bottes énormes, vêtu d’un complet de velours à côtes, lingé d’une chemise en flanelle et la taille serrée d’une large ceinture rouge de débardeur. La figure était noble et fière malgré l’habitude prise de laisser à la bouche une mollesse faubourienne, très spéciale aux gavroches. Les cheveux longs rejetés en arrière donnaient au front l’ampleur voulue et cherchée, l’allure générale était celle d’un beau chouan, solide et d’attaque !

— J’vas vous en dire une, annonça l’homme aux bottes d’égoutier : Serrez vos rangs !

Et Toni-Truant, d’une voix terrible, formidable, de foudre, ébranla du pavé au plafond la petite salle enfumée qu’il arpentait mains au dos, d’un pas pesant, rythmé et sautillant, un pas à lui, une marche à lui, imitée dans toutes les revues par des cabots qui singeaient ses allures, sa mise et sa terrible voix !

On applaudit férocement, on trépigna, on cria, mais Toni-Truant qui avait entendu une femme d’apparence fort distinguée dire qu’elle préférait ses autres chansons… ses chansons salées… lui cria dans la figure :

— Une pornographie pour la marquise ! et au lieu d’une pornographie (il n’en chantait jamais du reste, son talent réel de poète naturaliste le protégeant contre ces vulgarités), il entonna une satire pouffante des gigolos présents : Les Crevés !

Vos mères avaient donc pas de tétons,