— Non ! rien ! je t’en prie…
Elle lui posa la paume tiède de sa main sur la bouche. Ses yeux délicieux agonisaient de langueur triste… Elle murmura :
— Reviens, si tu veux ; tous les jours ; à toute heure ! je serai sans me lasser heureuse de te voir. Mais qu’il n’y ait plus rien de charnel entre nous ! Sens bien comme j’en souffrirai…
Elle avait saisi la main du jeune homme et l’appliquait sur son sein, rond, ferme et palpitant.
— Le partage me répugne. Je n’y puis plus consentir. Adieu. Cette personne me pardonnera, si elle apprend jamais le sacrifice que je fais en ce moment !
Elle semblait toute prête à rendre l’âme. Fernand tenta ses plus tendres moyens. Mais rien. Un geste las, un geste infiniment désespéré le repoussait. Il sortit, en proie à une désolation intense.
Le lendemain, le surlendemain, le jour qui suivit, il revint. Les choses allèrent de même. Toujours avec ce pareil sourire navré, on l’accueillait, on le congédiait. « On l’aimait trop pour l’aimer si peu. »
Et le pauvre Fernand, insoucieux désormais de ses futurs débuts, derechef tambourinés par la presse et célébrés par les affiches « dans un répertoire original et inédit ! » désemparé, désorbité, exaspéré, en perdit peu à peu le manger et le boire, devint quinteux avec Lourbillon, méchant avec Blanche, et insolent avec les journalistes !
C’était, cela, la fin dernière, l’écroulement fatal de tout le château, en France et non en Espagne, rêvé !
Lourbillon le comprit ; et un soir, comme, à peine la dernière bouchée avalée, Fernand s’était esquivé, l’œil hagard, la bouche de travers, l’air fou, le vieux comique paternel et soucieux, confia tout à trac à Mésange :