Huit jours, — jour pour jour, — après celui de la première étreinte, comme Fernand, de plus en plus épris, passait le seuil affolant de son nouveau paradis, il trouva, au lieu de la déesse nue, étalée, provocante et lascive, sur le large divan, une dame correctement vêtue, de la cheville au menton, d’une robe-tailleur infiniment chaste, et qui lui dit, en lui tendant les bouts de deux doigts :

— Bonjour, cher ! Asseyez-vous. Ne me troublez pas. Je travaille.

Madame Lilith Jocelyn, en effet, debout devant une selle de sculpteur, modelait d’un ébauchoir inspiré le corps d’une nymphe, sortie évidemment de ses rêves plus que de la réalité, attendu que certains détails de structure indiquaient plus d’ambition voluptueuse que de science anatomique… Nymphe de garçonnière.

Fernand ne venait pas précisément pour regarder sa maîtresse pétrir de la glaise. Il s’assit, pourtant, soumis mais non résigné, dans l’espérance que tout cela n’était qu’un prologue acide aux bonheurs accoutumés. Mais il dut bien vite déchanter.

— Cher ! soupira tout à coup Lilith, qui le regardait sournoisement dans une glace placée devant elle, et où se reflétait la figure déconfite de l’amant déçu : — Cher ! il faut que je vous parle sérieusement !

Elle posa l’ébauchoir sur la selle, lava ses mains dans le bassin d’une fontaine de porcelaine, accrochée en un angle de l’atelier ; puis, revenant vers Fernand, elle se laissa tomber près de lui, assise sur le divan, lui prit le front dans ses dix doigts, lui caressa les cheveux, lui baisa les yeux, et dit :

— Cher chéri que j’adore, adieu.

— Comment, adieu ? sursauta Fernand, éperdu.

— Oui, soupira-t-elle ; je t’aime trop pour t’aimer si peu ! Je te voudrais trop, tout entier, pour ne t’avoir qu’à demi ! Adieu, mon ange ! que je t’embrasse une fois encore ; et va-t-en.

— Mais…