Hélas ! ce n’est pas toqué, c’est complètement fou que revint Fernand.
— Ah ! mon vieux ! c’est une fée ! Splendide et magnifique… confia-t-il à Lourbillon, le soir.
— Une sorcière ! grogna Lourbillon, maussade.
Et de fait, Fernand était ensorcelé. Ce rossignol n’était pas un aigle. C’était un garçon qui avait plus de notes dans le gosier que d’idées dans le crâne, et qui chantait plus juste qu’il ne pensait. Et puis quoi, c’était un simple homme ni fort, ni infaillible, convaincu qu’il faut prendre l’amour chaque fois qu’on le trouve.
La belle Lilith l’avait « épaté » considérablement ! Jamais, en ses plus audacieux rêves d’ancien ouvrier tailleur, pourvu du certificat d’études primaires et devenu artiste par la grâce d’un don de nature, il n’aurait osé supposer l’existence d’une femme pareille, qui savait tout, qui parlait de tout, et qui vous enchantait par son esprit, après vous avoir ébloui par sa beauté et grisé par ses caresses. Une muse, un marbre, une bacchante ! Toutes les lyres !
— Les Quat’z’Arts ! quoi ! gouailla Lourbillon dans le sein osseux de qui il s’épanchait.
Cela finit par prendre des proportions désastreuses. La belle madame Jocelyn n’était point riche, et sous ses dehors d’excentricité amoureux et artistiques, elle voilait un dedans extrêmement pratique et avisé.
Fernand, dont la franchise était naïve et de qui les confidences sortaient comme l’eau des parois poreuses d’un alcarazas, ne lui avait point, après quelques après-midi de baisers, caché sa situation, l’engagement qui liait à lui la direction du Colorado, non plus que son union libre avec Blanche Mésange.
Et Lilith forma le projet de s’attacher ce joli garçon, capable de devenir d’un rapport utile, après avoir été d’un commerce agréable. Il s’agissait de mettre en œuvre le grand jeu !
Elle n’y manqua point.