—Madame l'a bien emmenée avec elle?
—Mais non. Quoi! ma fille n'est pas ici? Ma fille! ma fille! cria la pauvre mère en s'élançant dans l'escalier, comme si elle eût perdu la raison; ma fille, où es-tu?»
On fouilla toute la maison sans trouver l'enfant. Après avoir cherché partout, la bonne se ravisant, dit que Marthe pourrait bien être dans le cabinet aux joujoux.
«C'est impossible, j'en ai ôté la clef moi-même.»
On ouvrit cependant ce cabinet, et l'on trouva Marthe à genoux, et la figure baignée de larmes. Comme sa robe était tachée d'eau de groseille, sa mère, croyant que c'était des taches de sang, s'imagina qu'elle était blessée. Elle se précipita vers elle, la prit dans ses bras et la serra bien fort contre son coeur.
L'enfant, réveillée en sursaut, s'écria:
«O mon bon ange! venez à mon secours! on veut m'emmener loin de maman. Étendez vos ailes, ô mon ange gardien, et cachez-moi bien, je vous en prie!»
Puis, s'étant éveillée tout à fait, elle reconnut sa mère et l'embrassa en pleurant et sanglotant si fort, qu'on ne savait comment l'apaiser.
Quand cette crise fut passée, Marthe raconta à sa mère ce qu'elle avait fait et pensé pendant qu'elle était enfermée, et elle lui demanda pardon d'avoir mangé, sans sa permission, les biscuits et le chocolat.
«O maman, comme je vous remercie de m'avoir appris à aimer mon bon ange! il a entendu ma prière et il m'a envoyé le sommeil, afin que je ne souffrisse pas de la peur ni de la faim.»