La diligence arrivait au relais comme il prononçait ces mots.
M. Desnues sauta hors de la voiture où sa femme, glacée d'épouvante, s'était évanouie. Il se mit à courir de toutes ses forces sur la route qu'il avait parcourue, en criant:
«René! mon enfant, où es-tu?»
Les autres voyageurs se joignirent à lui pour quelques instants, pendant que l'on transportait sur un lit de l'auberge la pauvre mère sans connaissance. Puis le conducteur, ayant déchargé les bagages de l'officier, rappela les autres voyageurs, et la diligence se remit en route.
Le malheureux père marcha bien longtemps sur le grand chemin, appelant toujours René à haute voix, et regardant de tous côtés attentivement. Comme il faisait un beau clair de lune, il lui était facile de distinguer tous les abords du chemin. Il rencontra plusieurs voituriers qui suivaient la même route que la diligence, et il leur demanda s'ils n'avaient pas aperçu un petit garçon de trois ans, ou s'ils l'avaient entendu crier. Tous répondirent négativement.
M. Desnues alla, toujours cherchant, jusqu'au relais précédent; il était sûr que, quand on y avait passé, il avait encore son fils sur ses genoux. Il éveilla les gens de la poste aux chevaux, qui ne purent lui donner aucun renseignement, et il revint au village où sa femme était restée; il était désolé, mais délivré pourtant de l'horrible crainte que le pauvre petit n'eût été écrasé par quelque voiture.
Mme Desnues, en proie à une fièvre ardente, appelait son fils à grands cris. Quand son mari rentra, elle s'écria:
«C'est moi! c'est moi qui suis cause de la perte de mon enfant! Je ne devais pas dormir! Est-ce que les mères doivent jamais dormir?
—Ma pauvre femme, sois certaine qu'il n'est arrivé aucun mal à notre fils.
—Eh bien! alors, où est-il?»