—Dame! au fait, sa mère l'a peut-être abandonné exprès sur la route!
—Qu'est-ce que tu dis donc là, notre homme? est-ce que c'est possible?
—Sais-tu que le pauvre innocent aurait bien pu être écrasé par ces grosses voitures qui vont plus vite que le vent?»
René s'éveilla, et dit:
«Mère! j'ai faim.»
Sylvine rapportait de la foire un pain blanc pour son vieux père; elle en cassa un morceau et le donna à l'enfant, qui s'étant tout à fait éveillé, demanda à voir sa mère. Jacques lui raconta comment il l'avait trouvé sur la route; le petit ne comprit rien à ce qu'on lui dit, et se mit à pleurer bien fort, en disant:
«Qu'est-ce que maman va dire quand elle ne trouvera plus son petit René auprès d'elle?»
Il fallait pourtant prendre un parti; les braves gens, voyant qu'ils ne pouvaient tirer aucun éclaircissement de l'enfant, se résolurent à l'emmener svec eux dans le hameau qu'ils habitaient.
René, tout en pleurant, s'endormit sur les genoux de Sylvine. Au bout d'une heure de marche dans un chemin de traverse, l'âne s'arrêta devant la porte de la cabane de Jacques.
Sylvine s'empressa d'allumer son feu pour faire chauffer un peu de lait à l'enfant qu'elle avait déposé sur son lit; mais il ne se réveilla pas du reste de la nuit.