Mme Desnues aperçut la première son enfant, assis dans la cour et paraissant assez triste. Sylvine, à genoux près de lui, lui faisait manger une appétissante soupe au lait. Le bruit de la voiture ayant attiré l'attention de René, il laissa la soupe et s'élança en criant:
«Papa! maman! ah! vous voilà donc!»
Mme Desnues, en l'embrassant avec transport, s'aperçut alors que la paysanne pleurait.
«Ma pauvre femme, lui dit-elle en lui tendant la main, je ne puis assez vous dire combien je suis reconnaissante des soins que vous ayez prodigués à mon enfant. C'est vous et votre mari qui l'avez sauvé; sans vous, quelque voiture l'aurait écrasé peut-être. Demandez-moi ce que vous voudrez et je vous le donnerai.»
Mais Sylvine, toute chagrine de ce qu'on lui reprenait le petit René, pleurait toujours et ne répondait rien.
«Qu'avez-vous, ma bonne femme? lui dit l'officier; dites-moi ce qui vous afflige, et s'il est possible d'y remédier, je m'y emploierai de tout mon pouvoir.
—Ah! mon officier, dit Jacques les yeux baissés et tournant avec embarras son chapeau entre ses doigts, c'est que, voyez-vous, ma femme s'est affolée du petit, et elle dit que si on le lui ôte, elle en mourra; parce que, voyez-vous, madame, nous n'avons jamais eu d'enfant; et elle s'était mis dans la tête que le bon Dieu avait placé le petit chérubin exprès, tout endormi sur notre chemin, pour le lui donner.
—Venez avec nous, dit M. Desnues, je vous donnerai une petite maison; vous cultiverez mon jardin et votre femme soignera la basse-cour. Ainsi vous ne quitterez pas René.»
Sylvine fut si heureuse en entendant ces bonnes paroles, qu'elle ne savait plus ce qu'elle faisait. Elle saisit les mains de Mme Desnues et les lui baisa; puis elle baisa aussi le bas de sa robe; et, ayant pris René dans ses bras, elle se mit à chanter en dansant.