--Parce qu'ils sont des paysans, est-ce une raison pour qu'ils soient sales? Voyez s'ils ont le moindre bouton! Ce n'est pas une grande peine pour moi de laver leur petit corps tous les matins en les levant, et de leur brosser la tête; c'est bientôt fait, et je leur épargne par là bien des petites misères. Si vous en faisiez autant, vos enfants se porteraient mieux et ne crieraient pas tant.

--Eh bien! on essayera. Dis-nous donc aussi comment tu fais pour que leurs habits aient toujours l'air d'être neufs.

--Je les plie quand les enfants sont au lit, je les mets en presse sur mon coffre; et je serre leur bonnet pendant la nuit pour le garantir des mouches.

--Mais ils ne se salissent donc pas, tes petits?

--Dame! j'y fais attention. D'abord, je ne les laisse pas manger toute la journée, et quand ils mangent, je mets un linge devant eux pour que leurs habits se salissent moins. Je n'ai pas besoin de les laver si souvent, et cela m'épargne du temps et de l'argent.»

Mme Isaure venait voir tous les jours sa petite fille qui croissait à vue d'oeil, et elle remerciait Jeanne de ses bons soins.

«Ma chère dame, si vous saviez combien je suis heureuse que vous ne puissiez pas penser que c'est par intérêt que je soigne votre enfant! Je l'aime comme les miens, je ne fais pas de différence entre eux.»

Jeanne rend son nourrisson.

Jeanne nourrit la fille de Mme Isaure et la lui rendit toute propre, marchant déjà et commençant à parler. Toute la famille Dumont vint chercher l'enfant, et Jeanne leur donna à déjeuner dans sa jolie chambre; elle avait toujours quelques pots de fleurs sur sa galerie, ce qui donnait à sa maison un air de fête. Pendant qu'on était à table, le domestique de M. Dumont amena dans l'étable de Jeanne une très-belle vache avec son veau; on habilla tout de neuf les trois enfants, qui en furent bien joyeux, et tout le monde partit.

Jeanne, qui était toute triste du départ de son nourrisson, descendit pour traire sa vache, et fut grandement étonnée d'en trouver deux à l'étable; elle n'eut pas d'abord la force de parler; puis elle cria à son mari: