--Madame, j'emploie déjà la mère Henri une partie de la journée; je la garderai tout à fait. La pauvre femme est bien malheureuse et ne manque pas de courage; mais elle ne peut travailler aux champs: je serai plus tranquille avec elle qu'avec une fillette de douze à treize ans.
--Alors je payerai la mère Henri en sus de tes mois.
--De mes mois, ma chère dame! est-ce que vous comptez me payer? Oh! vous ne me ferez pas ce chagrin-là!
--Mais, petite Jeanne, n'est-il pas juste que tu sois payée de la peine que tu vas prendre pour mon enfant?
--Ma récompense, madame, ce sera de vous rendre service et de m'acquitter, selon mon pouvoir, des grandes obligations que je vous ai. Que serais-je donc sans vous? Ne me payez pas, je vous en prie! laissez-moi vous prouver combien je vous suis attachée, et que je n'oublie pas tout le bien que vous m'avez fait. Si vous me payiez, je croirais que vous ne faites aucune estime de moi, ajouta Jeanne en pleurant.
--Ne te désole pas, ma bonne Jeanne; tu as raison, je ne dois pas te payer. D'ailleurs, on ne saurait reconnaître les soins d'une bonne nourrice avec de l'argent; seulement, je tiens à payer la mère Henri; car enfin, si je ne te donne rien, je ne puis souffrir que tu débourses quelque chose pour moi.»
Quinze jours après, Mme Isaure confia sa petite fille à Jeanne.
Les femmes du bourg s'étonnent de la propreté
de Jeanne.
Les femmes du bourg venaient souvent demander quelque service à Jeanne, qui en savait plus long qu'elles, et qui était toujours prête à obliger. Quand elles la voyaient habiller ses enfants, elles lui disaient:
«Comment donc, Jeanne, tu peignes tes petits et tu les laves comme s'ils étaient des enfants de bourgeois!