--Oh! oui, mon homme, va; ça vaudra mieux pour commencer, que d'acheter une vache nous-mêmes et de rester sans le sou.»
Grand Louis alla voir le maréchal et revint bien vite dire à sa femme qu'on lui achèterait une vache, et que le père Tixier la choisirait lui-même.
Jeanne fut bien contente d'avoir une vache; elle la menait paître souvent comme elle avait fait autrefois chez la mère Nannette; sa fille conduisait la chèvre, et le petit Sylvain les suivait.
L'année se passa bien, la récolte fut bonne, grand Louis serra ses gerbes dans un coin de la grange du Grand-Bail; il fit son vin en commun avec maître Tixier, chez lequel il travaillait toujours.
Il paya les premiers cent francs avec son temps, et il gagna assez en plus pour acquitter une bonne partie de la rente viagère du père Colis. Jeanne eut un autre garçon qu'on appela Paul, et qu'elle nourrit sans trop de fatigue.
Mme Isaure donne un enfant à nourrir à Jeanne.
Paul avait huit mois quand Mme Isaure vint voir Jeanne et lui dit:
«Je vais te donner bientôt un nourrisson, ma bonne Jeanne; ton Paul n'aura guère que neuf mois quand tu prendras mon enfant. Je ne veux pas que tu les nourrisses tous les deux à la fois; toute forte que tu es, tu serais bientôt épuisée; si tu veux mettre ton garçon en nourrice, je payerai ses mois.
--Merci, madame, je le sèvrerai; il est très-fort et mange déjà comme un petit homme. Je vous promets qu'il ne prendra pas le lait de votre enfant.
--Je le sais bien, Jeanne; tu es trop honnête femme pour tromper personne, moi moins que toute autre. Prépare-toi donc à recevoir bientôt ton nouvel enfant; nous passerons l'hiver ici pour ne pas le quitter. Mais, dis-moi, si tu prenais une petite fille pour t'aider? Tu ne pourras pas suffire à tout.