«Si vous faites exactement ce que j'ordonne, je réponds de la guérison de votre enfant; autrement elle pourrait bien devenir aveugle. Mais vous autres, gens de la campagne, aussitôt que vos malades vont un peu mieux, vous cessez les remèdes.

--C'est bien vrai, monsieur, dit Jeanne, c'est une mauvaise coutume; mais que voulez-vous? on est si pauvre et on a si grand besoin de son temps qu'on est négligent de sa santé.

--C'est un fort mauvais calcul; car il faut toujours finir par interrompre son travail et dépenser l'argent que vous avez voulu économiser, et même plus; et l'on a souffert longtemps. Trop heureux encore si le mal n'est pas devenu incurable! Vous êtes, en vérité, plus soigneux de la santé de vos bestiaux que de la vôtre propre.

--Monsieur, dit grand Louis, quand on perd une pièce de bétail, c'est la ruine d'une petite maison.

--Et si le chef de la famille meurt, n'est-elle pas ruinée aussi?

--Oui, et c'est un grand malheur; mais soyez tranquille, monsieur: Jeanne n'est pas une femme comme une autre; ce que vous lui direz, elle le fera comme si c'était M. le curé qui l'eût recommandé.»

Jeanne ramena sa fille et lui mit un bandeau sur les yeux, parce que le médecin avait recommandé par-dessus tout qu'elle ne vît pas le jour.

Paul montre un mauvais caractère.

Nannette s'ennuyait un peu de ne pouvoir rien faire; sa mère lui donna du gros chanvre à filer; elle entreprit de lui apprendre le catéchisme, ce qui ne fut pas long; car Nannette avait bonne mémoire. Elle gardait le petit Paul pendant que sa mère allait travailler hors de la maison et que Sylvain était à l'école. Il fallait toute la patience de cette bonne petite pour supporter les caprices de Paul, qui avait un mauvais caractère et ne voulait jamais faire ce qui plaisait aux autres. Jeanne en avait un grand chagrin; mais elle espérait qu'il deviendrait meilleur en grandissant. Elle ne se lassait jamais de ses caprices, et employait la plus grande douceur avec lui: mais l'enfant y était insensible; il ne lui témoignait pas la moindre affection, et ne venait à elle que s'il avait besoin de quelque chose, bien sûr de ne pas être refusé. Il ne craignait que son père, qui s'irritait de le voir tourmenter sans cesse Jeanne, et, quand elle pleurait en voyant Paul si différent de ses aînés qui étaient d'excellents enfants, grand Louis avait envie de le battre pour le corriger; mais sa femme le retenait toujours en lui disant que les coups n'avaient jamais rien produit de bon. Pourtant Paul, tout petit qu'il était, avait quelquefois des réponses si insolentes que grand Louis, qui au fond n'était pas endurant, lui donnait quelques bonnes tapes. Jeanne, qui craignait que ce petit coeur ne s'endurcît encore, et qui pensait qu'une grande tendresse pourrait seule le réchauffer, prit le parti de cacher à grand Louis toutes les fautes que faisait son enfant.

La petite Nannette comprend la chagrin de sa mère
et le partage.