--Console-toi, grand Louis. Je n'ai pas encore coupé ma toile, heureusement; tu vas emprunter l'âne au maréchal, et j'irai demain, avant le jour, en ville, où le mari de Louise me la prendra et me la payera comptant. Il n'est pas nécessaire qu'on me voie ni qu'on sache que je l'ai vendue.

--Combien comptes-tu en retirer?

--J'en ai soixante et dix mètres, et elle vaut au moins deux francs.

--C'est cent quarante francs qu'on t'en donnera; mais nous payons deux cents francs au père Colis, et, si je laisse mes journées à maître Tixier jusqu'à ce qu'il soit rentré dans les cent francs que nous lui devons encore, comment ferons-nous pour vivre?

--C'est juste, grand Louis; eh bien! il faut aller trouver le père Colis, et lui demander crédit pour cette année.

--On voit bien que tu ne le connais guère, ma Jeanne. Il va ma faire faire un billet et me demander un gros intérêt.

--Il n'y a pas moyen de s'en tirer autrement, pourtant; j'aurais bien du chagrin qu'on sût notre détresse; c'est un grand sacrifice, mais que veux-tu?»

Le père Colis fait faire un billet à Jeanne.

Le lendemain, Jeanne était revenue de la ville à huit heures, et elle en rapportait cent cinquante francs qui devaient servir à les nourrir pendant l'hiver; le soir, quand tous les enfants furent couchés, elle sortit avec son mari, et ils entrèrent chez le père Colis.

«Mon petit père Colis, dit Jeanne, nous venons vous demander une grande grâce.