A peine Mme Isaure fut-elle partie, que Nannette, qui pleurait dans l'autre chambre, parce qu'elle avait tout entendu, se mit à éclater:
«Ma chère mère, il faut donc nous séparer! je ne le pourrai jamais; j'en mourrai, bien sûr.
--Ma pauvre fille, tu n'en mourras pas. Quand j'ai perdu ton père, je ne suis pas morte, parce que j'ai pensé à vous, mes enfants; et tu penseras à moi pour te donner du courage.
--Mais, c'est si dur d'aller chez les autres!
--Il est sûr qu'il vaut mieux rester avec ses parents, quand on le peut, que d'aller dans la meilleure des conditions. C'est le malheur qui nous force à nous quitter, ma Nannette; mais ce ne sera pas pour toujours. Nous sommes trop de bouches ici, et puis je ne peux rien acheter pour ta toilette; au lieu que tout ce que tu vas gagner sera pour toi, ma fille.
--Et pour vous aussi, ma chère maman. Mais je ne pourrai jamais vivre sans vous voir.
--Si, ma fille; tu auras beaucoup d'ouvrage et tu penseras moins à nous. Mme Isaure est bien bonne; ce ne sera pas une maîtresse ordinaire pour toi: c'est elle qui m'a donné le premier argent que j'ai touché, qui m'a appris tout ce que je sais; elle m'a toujours protégée; tu seras même mieux auprès d'elle qu'auprès de moi, et tu l'aimeras bien vite, je t'en réponds.»
Mais Nannette ne se consolait point; sa mère lui dit:
«Mon enfant, va voir M. le curé; il a de bonnes paroles pour toutes les peines, et tu prieras Dieu avec lui.»
M. le curé fit dîner Nannette à sa table, et la ramena le soir à sa mère.