Jeanne s'aperçoit que le petit Louis sera un enfant
simple.

Louis avait trois ans; sa santé s'était raffermie et il était devenu très-fort; il parlait peu, et ce qu'il disait ne ressemblait pas aux propos des autres enfants; ses yeux étaient grands, mais tout singuliers. Il courait après tout ce qui brillait pour s'en saisir. Il s'était brûlé plus d'une fois à la chandelle, et plus d'une fois aussi il avait retiré du feu le bois enflammé pour jouer avec; enfin, un jour il s'était jeté dans le ruisseau pour prendre le soleil qu'il voyait dans l'eau. Sa mère, ou bien sa soeur, ne le quittaient plus, de peur d'accident. Jeanne dit à la marraine de l'enfant:

«Je ne peux plus m'abuser, madame, mon pauvre Louis sera simple toute sa vie, si même il ne devient pas idiot tout à fait.

--Tu n'en sais rien encore, Jeanne; il pourra devenir un homme comme les autres; pense donc qu'il est bien jeune!

--Madame, je ne peux pas m'y tromper, parce que ce n'est pas la première fois que je vois des simples; il sera toute sa vie l'enfant du bon Dieu; je ne pourrai pas le quitter un instant.

--Ma pauvre Jeanne, c'est une grande épreuve que le ciel t'envoie.

--J'en ai du chagrin, madame, mais je n'en murmure pas; les enfants simples ont une âme comme les autres, et ils n'offensent jamais le bon Dieu. Puis il m'aime tant, le pauvre innocent!

--Eh bien! Jeanne, si tu ne peux plus travailler à cause de Louis, donne-moi Nannette, j'en aurai soin comme si elle était ma fille; elle ne te coûtera plus rien à nourrir: au contraire, elle pourra t'aider avec ce qu'elle gagnera chez moi.

--Merci, ma chère dame; j'aurai bien de la peine à m'en séparer, car elle aime mon Louis quasi plus que moi; mais nous sommes trop de deux femmes dans la maison, et je serai bien heureuse de la savoir avec vous.»

Nannette a un grand chagrin de quitter sa mère.