--Comme elle ne peut quitter sa maison ni son ouvrage pour s'occuper de vous, ce sera moi qui irai tous les matins, avant de dire ma messe, voir si vous êtes en bonne disposition de travailler.

--Monsieur le curé, dit Jeanne, vous ferez là une grande charité; Marguerite n'est pas plus mauvaise qu'une autre; mais je le lui ai déjà dit, si elle continue, il lui arrivera malheur.»

M. le curé veut placer Sylvain en ville.

Jeanne dit un jour à M. le curé:

«Vous avez pour mon Sylvain de trop grandes bontés, vous en faites un monsieur; il serait bien temps qu'il s'occupât de cultiver nos terres; il en sait plus long qu'il ne lui en faut; qu'il apprenne donc à présent à manier la charrue.

--Jeanne, cet enfant est si doux et en même temps si délicat, que je ne puis m'habituer à penser qu'il passera sa vie à piocher la terre. N'y a-t-il pas mille autres manières de gagner son pain? Il est très-intelligent et beaucoup plus instruit que les autres enfants de son âge, car il a bien profité de tout ce que je lui ai appris. Je voudrais le placer chez un notaire de mes amis, à qui j'en ai déjà parlé.

--Croyez-vous, monsieur le curé, qu'il puisse être heureux en ville, où il n'aura personne pour l'aimer?

--Laissez donc, Jeanne! les gens chez qui je le placerai lui serviront de famille; c'est une maison honnête, où il sera bien tenu et ils ne lui donneront que de bons exemples.

--Monsieur le curé, vous en savez plus long que moi là-dessus; mais j'aurais mieux aimé qu'il restât paysan comme son père; c'est encore l'état qui donne le plus de bonheur et où on est le moins exposé à mal faire.

Jeanne s'occupa de mettre en ordre les effets de Sylvain; elle fit refaire à sa taille les plus beaux habits de son père, et M. le curé le mena chez son ami le notaire.