«Il est d'un grand coeur, madame, dit Nannette; s'il a quelque chose de bon, il faut que tout le monde y goûte.»

Madame Isaure le mena dans sa chambre, lui donna des jouets et l'embrassa plusieurs fois, car il était vraiment charmant; il la regarda longtemps, puis il se jeta dans ses bras et pleura sur son épaule; elle ne voulut pas qu'on le dérangeât, et il s'endormit.

«Veux-tu venir demeurer avec moi, Nannette?

--Oui, madame, j'en serai bien contente.

--Mais tu dis cela en pleurant, mon enfant; je ne veux pas te contrarier; si tu ne peux pas t'y décider, n'en parlons plus.

--Mon Dieu! madame, dit Jeanne, nous ne nous sommes jamais séparées, et il ne serait pas naturel qu'elle quittât la maison sans chagrin; mais, je vous l'assure, elle vient de bonne volonté; vous savez bien que je ne voudrais pas la contraindre. Quand désirez-vous qu'elle entre à votre service?

--Quand cela t'arrangera, Jeanne.

--Alors, madame, si vous ne vous fâchez pas, elle restera chez nous jusqu'après la moisson. J'ai été demandée pour faire le pain et la cuisine aux moissonneurs de la Tréchauderie; je voudrais bien ne pas perdre cette occasion de gagner un peu d'argent. Nannette gardera ses frères et leur fera la soupe. Je ne viendrai que pour coucher le soir, et encore faudra-t-il que je reparte à trois heures du matin.

--Mais, Jeanne, tu vas te tuer à ce métier-là.

--Je ne peux pas faire autrement; les enfants sont trop jeunes pour les laisser coucher seuls à la maison.