--Ne t'en inquiète pas; notre vieille bonne ira coucher avec Nannette; et toi, tu ne seras pas obligée de faire une lieue matin et soir.»
La vieille bonne mène souvent les enfants au château.
Pendant l'absence de Jeanne, qui ne revenait que le samedi au soir, la vieille bonne, qui l'avait vue toute petite et qui l'aimait beaucoup, emmenait souvent les enfants au château. Elle faisait travailler Nannette avec elle, tout en gardant Louis. Lorsque cet enfant voyait sa marraine, il se couchait à ses pieds et roulait sa tête sur ses genoux; d'autres fois, il prenait ses belles boucles blondes et les baisait, ainsi que ses mains blanches. S'il survenait quelqu'un qu'il ne connût pas, il allait se blottir sous quelque meuble. Nannette s'habitua ainsi à être séparée de sa mère, et elle lui dit en la quittant tout à fait:
«Je viendrai vous voir bien souvent, ma chère maman.
--Ma fille, les maîtres ne se soucient guère de ces visites-là; viens le dimanche seulement.»
Jeanne cessa tout à fait d'aller en journée; elle entreprit d'apprendre quelque chose à son petit Louis, qui passait des heures entières à la regarder sans rien dire. Elle avait bien de la peine à captiver son attention; pourtant, quand elle le tenait par la main en lui adressant la parole, il semblait la mieux comprendre, surtout si elle lui parlait des anges et du bon Dieu, et il revenait souvent sur ce sujet. Il grandissait beaucoup et promettait de devenir fort comme son père.
Paul était toujours mauvais pour sa mère; quelquefois pourtant, touché de sa douceur, il lui disait les yeux humides:
«Que vous êtes donc bonne, ma pauvre mère!»
Mais ces bons moments étaient rares et duraient peu. Il apprenait bien ce qu'on lui montrait à l'école, et, de ce côté du moins, Jeanne n'avait pas à se plaindre de lui.