«Je viendrai vous panser tous les jours, dit-il en s'en allant. Il faut vous coucher tôt, vous lever tard, et, quand vous serez levé, vous tiendrez votre jambe étendue sur une petite chaise; si vous la posez par terre, je n'en réponds pas.»

Il faisait un beau clair de lune quand Jeanne et M. le curé sortirent. Le petit Louis donnait la main à M. le curé, qui l'aimait beaucoup. Il s'arrêta et dit en montrant le ciel et les étoiles:

«Qui a fait tout ça?

--Mon enfant, lui dit sa mère, je t'ai répété bien des fois que c'était Dieu qui avait fait tout ce qui est au ciel et sur la terre.»

L'enfant quitta la main de M. le curé et se mit à genoux.

«Je veux voir Dieu, dit-il, je veux lui parler.»

Ils étaient devant la porte de la cure, et ils y entrèrent tous les trois; M. le curé prit le pauvre simple sur ses genoux et lui dit:

«Mon petit Louis, le bon Dieu ne se voit pas avec les yeux du corps; mais l'on sent qu'il est partout. Quand tu restes des heures entières à regarder tes roses pousser, c'est lui qui les déploie et les fait sortir si belles de leurs boutons; c'est lui aussi qui leur donne cette bonne odeur que tu aimes tant. Quand tu donnes un morceau de pain à un pauvre, c'est lui qui te met le contentement dans le coeur; et si tu embrasses ta mère, c'est encore Dieu qui te rend heureux dans toute ta petite personne.

--C'est bon, dit Louis, je vas l'écouter.

--Vous voyez bien, Jeanne, que cet enfant n'est pas aussi malheureux que vous le croyez; il comprend Dieu.»