On l'emmena dans le jardin pour le distraire, car Jeanne avait peur qu'il ne se rendît malade; elle ne l'avait jamais vu dans un pareil état.

Solange demande Nannette pour son garçon.

A quelque temps de là, Solange, des Ormeaux, vint trouver Jeanne et lui dit:

«Veux-tu donner ta fille à mon Jean? Depuis qu'il est revenu de l'armée, il ne pense qu'à elle; il dit qu'il n'y a pas une fille pareille; que, si elle le refuse, il ne se mariera pas.

--Ma Solange, il faut d'abord savoir ce qu'en dira Nannette.

--Peut-être ne se souciera-t-elle pas de demeurer à la campagne, maintenant qu'elle a tâté de la ville?

--Tu te trompes, Solange; je sais qu'elle ne sera heureuse que quand elle vivra auprès de moi; la pauvre enfant me donne plus de la moitié de ses gages pour payer les façons de mes champs; car moi je ne peux plus rien gagner à présent, et je crois bien qu'elle n'a pas de grandes épargnes.

--Ce n'est pas pour son argent que mon garçon la veut; tu sais qu'il était le filleul du père Jusserand, qui lui a acheté un remplaçant au bout de quatre ans de service, parce qu'il voulait le voir avant de mourir; il lui a légué en mourant quinze cents francs d'argent, et, avec les champs que nous lui donnerons en mariage, il aura de quoi vivre en travaillant.

--Mais, Solange, Nannette ne voudra qu'un homme qui vive dans notre maison et cultive nos terres.

--Justement, c'est le désir de Jean.