--Il faut te dire aussi que je voudrais bien ne pas faire encore mes partages, à cause de mes deux mineurs, parce que les frais nous ruineraient.
--Ne t'inquiète pas de ça, Jeanne; tout le monde sait comment tu as gouverné ton bien depuis la mort de ton pauvre homme. Vous resterez tous ensemble, et, quand tu auras un bon ouvrier dans ta maison, tu seras enfin à ton aise.
--Ce n'est pas tout encore, Solange: j'ai mon petit Louis, qui pourrait bien ennuyer ton garçon. Nannette l'aime comme moi, et si Jean ne pouvait l'endurer à la maison, elle serait malheureuse, et moi j'en sortirais; car, pour rien au monde, je ne voudrais me séparer de mon pauvre simple.
--Ton petit Louis, qui est fort comme quatre, plaît beaucoup à Jean; il dit que les enfants simples sont plus près du bon Dieu que les autres. Il en parlait encore ce matin et disait qu'il se chargeait de lui apprendre à labourer, et qu'il était bien sûr d'y réussir. Ainsi, sois tranquille de ce côté.
--Eh bien! puisque nous sommes d'accord sur tout, il faut que tu ailles chez Mme Dumont, dire à Nannette que j'ai besoin de lui parler, et nous saurons tout de suite ce qu'elle en pense.»
Quand Nannette fut venue, sa mère lui dit:
«Ma fille, la maîtresse Jusserand vient te demander pour son garçon.
--Oui, ma petite Nannette, dit Solange, voudras-tu bien prendre un paysan, maintenant que tu es quasi une demoiselle?
--Ma mère, je ne me marierai que pour demeurer avec vous.
--Ma fille, Jean Jusserand veut bien vivre dans notre maison et cultiver notre bien: mais il ne faut pas penser à moi dans une affaire si importante; je veux que tu me dises, comme devant Dieu, s'il te convient.