«Méchant enfant, lui dit-elle en l'embrassant encore, me laisser des années entières sans nouvelles! et si j'étais morte?
--Ah! ma mère, ne me parlez pas de cela; j'y ai pensé plus d'une fois, et cette idée ne me laissait pas une goutte de sang dans les veines.
--Et pourquoi ne pas nous écrire?
--Je n'ai pas voulu vous donner de mes nouvelles avant d'être devenu digne de vous.»
L'heure de goûter étant arrivée, toute la famille se trouva réunie, et chacun fêta le voyageur. Louis tournait autour de son frère, et il ne consentit à l'embrasser que quand il se fut bien assuré qu'il ressemblait à sa mère. Nannette prépara un repas meilleur qu'à l'ordinaire, Jean tira du bon vin, et l'on se mit à table.
«Ç'a été une triste noce que la nôtre, dit Nannette à son frère: l'inquiétude où nous laissait ton sort a gâté tout notre bonheur, et personne n'avait le coeur gai en voyant le visage désolé de notre pauvre mère.
--Et qu'es-tu donc devenu pendant tout ce temps? dit Jeanne.
--Ah! mère, c'est une triste histoire.»
Paul raconte ce qu'il a fait en partant d'Issoudun.
«Après m'être querellé, à Issoudun, avec le bourgeois, dit Paul, je montai à ma chambre, où je ne tardai pas à reconnaître mes torts; mais j'étais trop orgueilleux pour en convenir, et je quittai la maison la nuit, quand tout le monde était endormi.