«Tu t'ennuies bien au lit, n'est-ce pas, petite Jeanne?
--Oui, mademoiselle, j'aimerais mieux être levée et garder les oisons de la mère Nannette; mais il faut bien que maman nettoie mes habits; elle dit que c'est bien assez d'être pauvre, et qu'il ne faut pas causer de répugnance aux gens qui nous soulagent.
--Tu vas donc tous les jours chercher ton pain?
--Oh! non, mademoiselle: quand on nous en donne beaucoup, nous restons à la maison aussi longtemps qu'il y en a; c'est si pénible d'aller aux portes!
--Te donne-t-on toujours, quand tu demandes?
--Mademoiselle, je ne demande rien; je reste à la porte jusqu'à ce qu'on me donne. Quelquefois il n'y a personne dans les maisons, pendant la moisson, ou bien en temps de fenaison. Ces jours-là, je ne trouve pas grand'chose.
--Et quand on ne te donne rien?
--Nous nous couchons sans souper; ça nous est arrivé plus d'une fois avant d'être chez la mère Nannette; mais elle ne veut pas que nous souffrions la faim, et, quand nous n'avons point de pain, elle nous en prête.
--Vas-tu t'amuser quelquefois sur la place de l'église avec les petites du bourg?
--Oh! mademoiselle, elles ne voudraient pas de moi!