«Maman! mère Nannette!
--Oh! mon Dieu! ma fille! où as-tu donc pris ces beaux habits-là?
--Ce sont les dames Dumont qui les ont faits exprès pour moi, parce que Mlle Isaure a eu du chagrin de me voir au lit le jour que vous avez lavé ma robe; elles m'ont dit qu'il fallait mettre mes habits neufs le dimanche pour aller à la messe, et quand vous nettoieriez les vieux.
--Et tu les mettras aussi le vendredi pour aller chez ces dames, ma fille.»
Catherine laissa la petite Jeanne dans sa toilette jusqu'au soir, en lui recommandant bien de ne pas se salir, et l'enfant s'occupa tout de suite de donner à manger aux canards, qui venaient très-bien.
Jeanne s'avise de faire des bouquets pour les vendre.
La veille du marché, Jeanne, tout en gardant ses oisons, remarqua de belles fleurs dans la haie du grand pré et au bord du ruisseau qui traversait le bois. Elle eut l'idée d'en faire des bouquets; elle les entremêla avec les épis de toutes sortes d'herbes des prés, et quand ils furent faits, elle les posa pour la nuit sur une grosse touffe de gazon; puis elle vint demander à la mère Nannette si elle voulait bien l'emmener en ville avec elle pour vendre ses bouquets. La mère Nannette dit que oui, et le lendemain Catherine mit à Jeanne ses beaux habits. L'enfant trouva ses fleurs aussi fraîches que si elle venait de les cueillir.
Aussitôt que la mère Nannette fut arrivée sur la place, tout le monde lui demanda où elle avait pris cette jolie petite fille.
«C'est une pauvre enfant qui demande son pain, répondit-elle.
--Elle est bien belle, pour demander l'aumône!