Au bout de quinze jours, Jeanne sut assez bien tricoter pour faire un bas. Sophie lui en commença un, et Jeanne fut très-joyeuse de faire voir à sa maman et à la mère Nannette comment elle travaillait. Quand elle gardait les oies et les deux petits canards, elle avait toujours son bas à la main; elle ne le quittait pas non plus pour aller aux portes. Les gens qui la voyaient si travailleuse lui donnaient souvent quelque chose avec son pain, ou bien des légumes pour mettre dans le pot; et quand on faisait de la galette dans les métairies, l'on gardait toujours la part de la petite Jeanne.

Catherine garde le lit.

Jeanne continua d'aller trois fois par semaine chez Mme Dumont. Les deux demoiselles avaient entrepris de lui enseigner à lire et à compter; elles continuaient de lui apprendra à tricoter, et chaque vendredi elle avait ses cinquante centimes.

Elle fut toute une semaine sans venir.

«Je crains bien que Jeanne ne soit malade, dit Mme Dumont; elle, qui est si exacte, n'a pas paru depuis huit jours.

--Maman, allons la voir! J'aime beaucoup la petite Jeanne; si elle était malade, il faudrait venir à son secours: elle est trop pauvre pour se procurer ce dont elle a besoin.»

Et en disant cela Isaure courut appeler sa soeur et mettre son chapeau.

En arrivant chez la mère Nannette, ces dames virent la petite Jeanne qui pleurait à la porte de la maison. Isaure courut à elle:

«Tu pleures, petite Jeanne? qu'as-tu? qui t'a fait du chagrin?

--Mademoiselle, c'est que maman est bien malade.»