Mme Dumont laissa ses filles avec Jeanne, et entra dans la maison. Catherine était au lit, si pâle qu'on l'aurait crue morte déjà.

«Pourquoi ne m'avoir pas fait dire que vous étiez malade, ma pauvre femme? Ce n'est pas bien cela; il fallait envoyer votre petite fille nous avertir.

--Merci, ma chère dame; mais vous êtes si généreuse pour elle, que je n'ai pas voulu abuser de votre bonté. D'ailleurs, je n'aurai bientôt plus besoin de rien, je le sens; j'ai trop pâti depuis que j'ai perdu mon mari, et j'ai eu trop de chagrin. Le bon Dieu a pitié de moi; il me rappelle à lui, et je vais rejoindre mon pauvre Jacques. Tout ce qui m'afflige, c'est de laisser ma petite Jeanne seule au monde.

--Il ne faut pas perdre courage, Catherine; vous êtes jeune, et à votre âge il y a toujours de la ressource.

--Non, madame, il n'y a plus de ressource, parce que le chagrin et la misère me minent depuis trop longtemps.

--Avez-vous vu M. le curé?

--Oui, madame, il vient me voir tous les jours et a la bonté de m'envoyer un peu de bouillon. Il me console en me faisant voir la miséricorde de Dieu, qui a mis sur mon chemin une aussi digne femme que la mère Nannette, ainsi que vous, madame, qui avez tant de bontés pour ma fille. La mère Nannette promet de la garder quand je ne serai plus, et cela me tranquillise un peu.

--Catherine, je n'abandonnerai pas Jeanne non plus, vous pouvez être tranquille. Mais où est donc la mère Nannette?

--Elle est allée mener son bétail à l'abreuvoir. La pauvre chère femme me quitte le moins qu'elle le peut; elle me soigne comme si j'étais sa fille et ne me laisse manquer de rien.

--Adieu, Catherine, prenez courage; je reviendrai vous voir après-demain.»