On ouvrit l'armoire, et l'on en tira d'abord les huit draps de Jeanne, qui étaient marqués à son nom. En bouleversant tout, on trouva, derrière un paquet de vieux linge, cent pièces de cinq francs, dans un bas bleu qui servait de bourse à la mère Nannette.
«Je crois, dit Gerbaud, qu'il y a longtemps que le premier écu a été mis au fond de cette bourse; car ma tante avait bien juste de quoi vivre.
--Mais elle était si ménagère, dit une voisine, et elle travaillait tant!»
Gerbaud prit deux cent cinquante francs, qu'il donna à Jeanne.
«Non, maître Gerbaud, pas tant que ça; je n'ai pas pu gagner une si grosse somme.
--Petite, j'ai dit que tu aurais la moitié de l'argent, et je n'ai qu'une parole: ainsi, tu vas prendre cette somme; et, comme c'est toi qui as filé cette pièce de toile qui n'est pas encore entamée, tu en auras aussi la moitié pour ta peine; tu t'en feras des chemises.
--Vous êtes trop bon, dit Jeanne, pour une pauvre fille que vous ne connaissez seulement pas.
--Je ne suis pas plus mauvais qu'un autre, quoique ma tante m'ait gardé rancune, parce qu'autrefois j'ai eu noise avec son mari.
--Et où vas-tu donc mettre tout ça? dit une voisine; ton coffre est trop petit; puis il est si vieux qu'il pourrait bien se défoncer.
--Allons! je vais aussi lui donner l'armoire, et je n'en serai pas plus pauvre.