--Au contraire, Gerbaud, dit M. le curé, vous faites là une bonne action qui vous donnera plus de contentement que vous n'en auriez eu en gardant tout ce que vous cédez si généreusement à Jeanne.»
Tout le monde dit que Gerbaud était un brave homme et qu'il se comportait bien.
«Écoute, Jeanne, dit-il avant de partir, je n'affermerai pas la maison avant Noël; tu peux y rester jusque-là si ça t'arrange. Je te laisse tout le ménage avec la chèvre et les oisons; je vais emmener la vache seulement. Je viendrai après-demain avec ma femme, qui choisira ce qu'elle veut garder, et nous vendrons le reste.»
Après avoir dit cela, il mit dans sa poche l'argent qui lui appartenait, et alla chercher la vache à l'étable. Tout le monde sortit en même temps que lui, à l'exception de M. le curé, qui resta avec Jeanne.
M. le curé trouve une place à Jeanne.
«Qu'allez-vous faire maintenant, Jeanne? dit M. le curé.
--Je vais tâcher de me placer au plus vite; car, si je restais longtemps seule dans cette maison, je sens bien que le chagrin me rendrait malade.
--Voyons, Jeanne, il faut être raisonnable: la mère Nannette est plus heureuse que nous maintenant; elle veillera sur vous. Dieu ne veut pas qu'on s'abandonne ainsi à son chagrin. Si vous voulez vous placer en ville, Mmes Dumont vous trouveront une bonne maison où vous aurez de forts gages.
--Monsieur le curé, je ne me placerai pas en ville; ma chère défunte me l'a défendu, et, quoiqu'elle ne soit plus de ce monde, je veux toujours lui obéir.
--Puisque vous voulez rester à la campagne, j'irai voir la fermière du Grand-Bail; sa servante se marie dans trois semaines: si elle n'a personne encore, je vous y mènerai demain.