Jeanne essuya une larme.
«Voilà une méchanceté que je n'oublierai pas, dit la maîtresse qui s'était approchée; Marguerite, tu auras affaire à moi. N'aie pas de chagrin, ma Jeanne; quoique tu aies été demander ton pain, on ne t'en estime pas moins.
--Ça ne nous empêche pas de t'aimer comme notre soeur, ajouta la petite Louise en l'embrassant.
--Il est pourtant bien dur de s'entendre reprocher sa misère, dit tristement Jeanne.
--Ne dis rien, ma Jeanne, reprit la maîtresse; tu la verras un jour! la paresse la mènera aux portes, comme ton malheur t'y avait conduite. D'ailleurs, est-ce que le contentement se mesure à la richesse? Elle aurait bien toutes les terres du monde qu'elle ne serait pas heureuse, parce qu'elle n'a pas le coeur sain.»
Jeanne raccommode le linge de grand Louis.
Quand la lessive fut sèche, Jeanne apprit à Solange à bien étirer le linge et à le plier de façon qu'il eût l'air d'avoir été repassé; elle s'était aperçue que la maîtresse marchait difficilement depuis quelque temps, et qu'elle avait de la peine à se servir de son bras gauche; elle ne voulut donc pas que la mère Tixier prît la moindre fatigue à ranger le linge; elle veilla un peu plus tard chaque jour pour finir de le raccommoder. Comme elle savait bien se servir de son aiguille, elle apprêtait toujours l'ouvrage des autres filles et leur apprenait à le faire.
En pliant les chemises de grand Louis, elle les trouva en bien mauvais état.
«Voyez donc, maîtresse, comme les chemises de grand Louis sont déchirées! Si vous le vouliez, je veillerais pour les raccommoder, et je couperais les plus mauvaises pour avoir des pièces.
--Fais, petite Jeanne, fais comme tu l'entendras, quoique pourtant grand Louis ne le mérite guère.