--Peut-être que non, maîtresse; appelez-la donc, et vous verrez!»

La mère Tixier appela sa fille, et lui dit de donner ses agneaux à la bergère pour venir aider à la lessive. Solange fit sans répliquer ce que sa mère lui commandait.

«Comment donc as-tu fait pour changer ainsi le caractère de Solange? elle est toujours de bonne humeur à présent. En vérité, la bénédiction du bon Dieu est entrée chez nous avec toi; il n'y a pas jusqu'à ce bourru de grand Louis qui ne soit devenu doux comme un mouton.»

Le jour où on lavait la lessive, Solange et Joséphine, les deux plus grandes filles de maître Tixier, lavaient avec la bergère, pendant que Jeanne savonnait les coiffes et les mettait au bleu, ainsi que le col des chemises d'homme; puis elle étendait le linge à mesure qu'il était lavé. La maîtresse, suivie de sa petite Louise, qui n'avait guère que huit ans, allait et venait, et elle écoutait ce que disaient les jeunes filles en travaillant.

«Mon Dieu, que les riches sont heureux! disait la bergère. Que je voudrais donc être comme la maîtresse, qui se promène là-bas sans rien faire, pendant que nous nous fatiguons à taper ce linge!

--Tu crois donc qu'elle n'a rien fait dans sa jeunesse, répondit Solange, et que ce qu'elle a amassé est venu tout seul?

--Moi, continua Marguerite (c'était le nom de la bergère), je voudrais avoir des maisons, des vignes, des terres et ne rien faire du tout.

--Tu n'en aurais pas pour longtemps, dit Jeanne, car ce n'est pas tout que d'avoir du bien; il s'en va vite, si on ne le soigne pas; et tu ne t'en occuperais guère, toi qui ne soignes seulement pas tes habits.

--C'est bien vrai, dit Solange, tu es toujours sale et déchirée, et pourtant tout ton gage passe sur ton corps; regarde donc la petite Jeanne, qui n'achète jamais rien, comme elle est bien ajustée! On dirait qu'elle a toujours ses habits des dimanches.

--Peut-être bien; mais je n'ai pas été élevée par charité, moi.»