--Je t'y ferai songer, sois tranquille, ainsi qu'à changer de chemise tous les soirs. Crois-tu qu'il soit bien sain de garder sa chemise pour coucher, quand on a eu bien chaud toute la journée? Et le matin, si tu te lèves toute en moiteur, es-tu bien à ton aise quand ta chemise sèche sur ton corps! Et la prière du matin, tu ne la fais pas souvent! Pourquoi ne vas-tu jamais voir M. le curé?
--Je n'oserais jamais y aller toute seule.
--Viens-y avec moi; j'y vais toujours en sortant de vêpres ou de la messe; tu verras comme on a le coeur content et l'esprit tranquille en sortant de chez lui!»
Depuis ce temps-là, Jeanne ne manquait pas de faire rester Solange pour la prière du matin; elle parvint enfin à la rendre propre à force de lui répéter ses bons conseils.
Solange devint plus endurante à mesure qu'elle était plus contente d'elle-même: elle profitait des avis de Jeanne, et elle commença à se montrer bienveillante, à aimer tout le monde de la maison.
La maîtresse s'aperçoit du changement de Solange.
Les premiers jours de mars, la maîtresse dit à Jeanne:
«Voilà le temps au beau, j'ai envie de faire la lessive.
--Vous ferez bien, maîtresse; il faut dire à Solange de donner ses agneaux à la bergère pour les mener aux champs avec les moutons; elle viendra nous aider.
--Ah bien oui! Solange va grogner comme à l'ordinaire.