--Te renvoyer, ma Jeanne! dit la maîtresse; ah! si tu ne quittes la maison que quand je t'en mettrai dehors, tu es bien sûre d'y mourir.
--Eh bien, c'est entendu, dit maître Tixier. On fait la criée d'aujourd'hui en huit; j'irai, et je t'achèterai le quartier des Hautes-Roches.»
Le dimanche suivant, il dit à Jeanne: «Ma fille, c'est fini; jeudi, en allant au marché, je te conduirai chez le notaire pour signer l'acte, puisque tu sais écrire; j'ai eu bien de la peine à l'avoir, ce quartier-là; il faisait envie à beaucoup de monde. Je l'ai emporté; mais aussi il te coûte deux cent dix bons francs, le contrat à la main. Es-tu contente?
--Notre maître, ce que vous faites est bien fait,» répondit Jeanne.
Jeanne reproche à Solange sa négligence.
Un matin, en se levant, Jeanne dit à Solange, qui couchait avec elle:
«Tes cheveux sont bien mêlés: tu ne les peignes donc jamais? je ne te vois pas non plus laver ni tes bras ni ton cou.
--A quoi ça sert-il, puisqu'on ne les voit pas?
--D'abord, ça sert à être propre, ce qui est déjà un grand avantage. Tu te tourmentes au lit, tu dors mal, parce que la tête te démange; tu n'es, ma foi, pas aussi raisonnable que les oisons que tu mènes tous les matins à l'abreuvoir. Tu n'as donc pas vu comme ils se baignent, comme ils relèvent leurs plumes pour que l'eau touche à leur peau; ils plongent leur tête et s'en servent après comme d'une vergette pour se nettoyer et se lisser. Il n'y a pas jusqu'à la chatte, que tu aimes tant, qui ne fasse sa toilette. Et tes mains! tu t'imagines qu'elles sont propres parce que tu les a trempées dans l'eau; mais des filles comme nous, qui touchent à tout, ont besoin de frotter ferme pour nettoyer leurs mains; l'eau toute seule n'y fait rien; il faut les dégraisser dans le son que l'on fait bouillir pour la volaille; ou bien, si tu écrases une des pommes de terre que l'on met cuire pour les porcs et que tu t'en frottes bien les mains, tu verras comme elles deviendront nettes et douces.
--Est-ce que je songe à tout cela, moi!