«Vous voilà riche, mon enfant, dit joyeusement le curé en mettant ses dix francs sur le tas d'argent; je vous l'avais bien dit, que mes paroissiens ne me laisseraient pas dans l'embarras!
--Monsieur, j'ai plus que ne valaient tous mes livres: il ne faut pas me donner en outre vos dix francs.
--Si, mon ami, vous les aurez; car je vous les ai promis.
--C'est vrai, monsieur; mais vous avez bien d'autres pauvres qui en ont plus besoin que moi.
--Je ne veux pas vous ôter le mérite de votre désintéressement; mais ce n'est pas moi qui donnerai cette petite somme, ce sera vous. Sortons ensemble, nous la porterons à un pauvre homme, simple d'esprit, et qui est hors d'état de gagner son pain; cela l'aidera à payer son loyer.
--Ma foi, monsieur le curé, dit le père Tixier, ce petit marchand est au fond très-honnête; c'eût été bien dommage qu'il se perdît.»
Le lendemain le colporteur alla encore à la messe; quand elle fut finie, M. le curé lui demanda comment il allait employer son argent.
«Je vais acheter de la mercerie et des mouchoirs; je courrai les foires et les assemblées, et je ferai mes affaires, j'en suis bien certain. Je reviendrai vous voir quelque jour, et vous n'aurez pas à vous repentir de toutes vos bontés pour moi.»
Le colporteur renouvelle sa première communion.
«Mon ami, dit M. le curé, qui avait ramené le jeune marchand au Grand-Bail, il faut demain, avant de partir, entendre la messe d'actions de grâce que je dirai pour remercier Dieu d'avoir eu pitié de vous; je suis bien sûr que tout le monde ici voudra y assister.