--Pas encore, monsieur le curé! je voudrais renouveler ma première communion à cette messe-là. On est si content ici en servant Dieu, que je veux le servir aussi; mais je ne suis pas préparé pour cela.
--Mon ami, dit M. le curé en l'embrassant, rien au monde ne pouvait me causer plus de joie que cette bonne résolution. Venez passer le reste de la semaine chez moi; nous ne sommes qu'au mardi, et quatre jours d'instruction et de retraite suffiront à un garçon de votre âge qui a bonne volonté; je serai tranquille sur vous maintenant; Dieu vous a touché, vous ne quitterez plus le sentier du bien.
--Reste donc ici, dit maître Tixier, tu ne nous gênes pas; le bien qu'on fait aux pauvres gens, c'est la bénédiction d'une maison.
--Puisque M. le curé veut bien me prendre, j'irai chez lui, parce qu'ici j'aurais trop de distractions. Ça ne m'empêche pas, maître Tixier, de vous remercier beaucoup pour ne pas vous être lassé de moi.
Le dimanche suivant, le colporteur communia à la grand'messe, ainsi que plusieurs autres personnes, entre autres Jeanne et Solange. Le jeune homme, qui était encore bien pâle et avait le front bandé, édifia tout le monde par sa piété.
Après avoir déjeuné avec M. le curé, le jeune marchand lui dit adieu et lui demanda la permission de l'embrasser. Quand il passa au Grand-Bail pour y faire ses adieux, tout le monde était à dîner.
«Je ne vous oublierai jamais, ni vos bontés non plus, mes braves gens; quelque loin que j'aille, je penserai toujours que vous êtes la cause de mon bonheur, car c'est pour être resté une semaine en votre compagnie que j'ai voulu devenir honnête comme vous.
--Tu as raison, mon garçon, de vouloir être honnête homme; crois-moi, on n'est heureux qu'avec une conscience bien nette,» dit maître Tixier.
Maître Tixier fait ses conditions avec ses domestiques.
On approchait de la Saint-Jean; maître Tixier dit un soir à ses domestiques: