Grand Louis déclare à son maître qu'il veut se marier.

Il y avait déjà deux ans que Solange était mariée; on approchait de la Saint-Jean. Grand Louis dit à Jeanne:

«Tu as fait ton devoir, petite Jeanne; tu as bien soigné la maîtresse et la maison aussi; à présent que Joséphine est capable de gouverner tout le monde, veux-tu nous marier?

--Grand Louis, si vous avez toujours votre idée sur moi, ce sera quand vous voudrez; mais il faut en parler à maître Tixier.

--C'est trop juste, ma Jeanne; je vais lui en dire un mot, et pas plus tard que ce soir.»

Au lieu d'aller à l'écurie se coucher en même temps que les autres, grand Louis resta et, s'approchant de maître Tixier, il lui dit:

«Notre maître, Jeanne et moi nous voulons nous marier, et nous vous demandons votre avis.

--Qu'est-ce que tu me dis là, grand Louis? Vous marier! me quitter! mais tu veux donc ma ruine? Que veux-tu que devienne ma maison, quand vous n'y serez plus? Qui donc aura soin de ma pauvre femme qui ne bouge plus du lit? Joséphine est encore trop jeune pour gouverner le ménage; Simon, qui n'a pas tiré à la conscription, n'est pas capable de tenir la charrue toute la journée dans les terres fortes; et si je tombais malade aussi, qui donc surveillerait les autres domestiques? Est-ce que tu veux perdre ma maison? Qu'est-ce que je t'ai fait, pour que tu me mettes dans une si grande peine?

--Notre maître, il ne faut pas vous échauffer comme ça, il faut écouter la raison. Vous savez bien qu'il y a trois ans j'ai demandé Jeanne, et qu'elle a refusé de se marier parce qu'elle voyait que la maîtresse ne pouvait se passer d'elle: la pauvre fille vous aimait trop pour vouloir vous laisser dans l'embarras. Mais à présent que Joséphine peut remplacer sa mère, nous voulons nous marier. C'est assez avoir attendu; car enfin la jeunesse se passe, voyez-vous, notre maître!»

La maîtresse dit qu'il faut les laisser marier.