Jeanne dit un jour à son mari:
«Grand Louis, Joséphine est mariée, nous avons un enfant, nous pouvons en avoir d'autres: il faut songer à nous retirer, mon homme; nous commençons à être de trop dans la maison.
--Je crois que tu as raison, ma femme; mais où aller demeurer?
--J'ai envie de bâtir une petite maison bien propre, bien commode, avec un jardin par devant. Qu'en dis-tu?
--Je dis que ça nous coûtera beaucoup; mais ce serait bien mieux. Et puis les gens qui sont logés chez eux font meilleure figure.
--Tiens, grand Louis, il faut la bâtir sur la pièce de terre que j'ai achetée du père Colis; c'est tout auprès du chemin, et la terre est excellente. Il ne faudra pas longtemps pour qu'elle fasse un bon jardin et une bonne chènevière. Parlons-en à notre maître.»
Tixier dit qu'ils n'avaient pas tort de vouloir être chez eux, mais qu'on avait bien le temps d'y penser.
«Pas déjà tant, maître; il faut commencer à s'en occuper: on ne plante pas une maison comme un arbre.»
Le dimanche suivant, ils allèrent voir le champ tous ensemble. Jeanne expliqua qu'elle voulait que sa chambre fût élevée sur l'étable, qu'on creuserait de deux pieds pour la rendre plus chaude l'hiver, et qu'elle demanderait à Mme Isaure, qui s'était mariée presque en même temps qu'elle, de lui en faire un dessin.
«Allons-y tous trois de ce pas,» dit le père Tixier.