Quand ils furent arrivés chez Mme Dumont, on leur fit voir différents dessins de maisons. Jeanne en choisit une qui avait un petit perron de dix marches sur le côté, et une galerie sur la façade. Le toit avançait d'un mètre tout autour pour garantir le perron et la galerie; ce qui permettait aussi de mettre les ustensiles de culture à l'abri sur les deux autres côtés. Cette maison contenait d'abord l'étable en bas et un cellier aussi creusé de deux pieds; et dans l'étable un petit endroit qui n'existe pas ordinairement dans les maisons de paysans, et auquel Jeanne tenait beaucoup par propreté. Au-dessus, deux chambres et un petit escalier pour aller au grenier; car Jeanne trouvait bien laid pour une femme de monter à l'échelle. Mais il fallait au moins quinze cents francs pour bâtir cette maison, et grand Louis trouvait que c'était bien lourd pour sa bourse. Maître Tixier lui dit:
«Ne t'en inquiète pas, grand Louis; je te prêterai sept cents francs remboursables en sept ans, et comme j'aime à être payé exactement, je te les ferai gagner; de cette façon, tu pourras conserver un peu d'avance.
--Mon Dieu, que vous êtes bon, notre maître! dit Jeanne; quand je serai dans notre maison, je penserai toujours que c'est à vous que je dois mon bonheur.»
On commence la maison de Jeanne.
«Puisque vous voulez bâtir, mes, enfants, dit maître Tixier en rentrant chez lui, commencez donc tout de suite; pour qu'une maison soit saine, il faut qu'elle sèche au moins pendant un an. Grand Louis, ce n'est pas encore le temps des foins; profite de ce qu'il n'y a pas grand'chose à faire ici pour te procurer des matériaux.
--Notre maître, je vais prendre le père Darnaud, qui a un bon cheval et qui me conduira tout ce qui est nécessaire. Il n'est pas juste que j'emploie pour moi le temps que vous me payez.
--Et moi, je te dis qu'il est juste d'aider un brave domestique qui m'a servi pendant quinze ans; je n'entends pas que tu te serves d'autres bêtes que des miennes.»
Maître Tixier fit faucher le sainfoin qui était dans le champ de Jeanne, et l'on mit les ouvriers à creuser les fondations. La bâtisse allait son train; et quand Jeanne n'avait rien à faire, elle promenait la petite Nannette jusque là; si les ouvriers ne comprenaient pas bien le plan de Mme Isaure, elle le leur expliquait.
Après la moisson, l'on posa la charpente; mais l'on n'enduisit pas encore les murs, afin qu'ils eussent le temps de sécher entièrement jusqu'au printemps suivant. Quand la maison fut couverte, Jeanne dit qu'il fallait bêcher le jardin, afin de le planter à l'automne.
«Je veux beaucoup d'arbres fruitiers, dit-elle, et de toutes les espèces. Il y en aura au bord des allées qui couperont le jardin en quatre carrés, et puis dans celle qui en fera le tour; et je veux des pêchers le long du mur au midi, et des treilles qui garniront notre galerie.»