J’ai été invitée à un grand banquet donné en mon honneur au palais impérial. Voilà qu’à mon arrivée au palais, de grands laquais galonnés et poudrés m’attendaient et m’escortent: l’un prend ma pelisse, l’autre me précède et m’annonce, et me voici dans un salon tout plein de dorures, où tout le monde se précipite au-devant de moi. C’est un grand-duc frère de l’empereur, qui vient lui-même m’offrir la main pour me conduire à la table du banquet. Quel choix de convives! La famille impériale, les grands-ducs, les petits ducs, et les archiducs, tous les ducs enfin de tous les calibres, et tout ce tralala de princes et de princesses curieux et attentifs, me dévorant des yeux, épiant mes moindres mouvements, mes paroles, mes sourires, en un mot ne me quittant pas du regard. Eh bien! ne croyez pas que j’aie été trop embarrassée. Pas le moins du monde! J’ai été comme d’habitude, au moins jusqu’au milieu du repas, qui d’ailleurs était fort bon. A ce moment, les toasts en mon honneur commencent: il se passe alors un spectacle bien extraordinaire. Les jeunes archiducs, pour me voir de plus près, quittent leurs places, montent sur des chaises, et mettent même un peu les pieds sur la table, — j’allais dire dans le plat! sans que cela ait l’air de choquer personne. Et les voilà qui poussent des cris, des bravos à m’assourdir, et qui me demandent de dire quelque chose. Répondre à des toasts par une tirade de tragédie, c’était bien étrange! mais je ne me suis pas laissé démonter pour si peu. Je me suis levée, et, reculant ma chaise, j’ai pris le geste le plus tragique de mon répertoire, et je leur ai entamé la grande scène de Phèdre. Il se fit alors un silence de mort; on aurait entendu voler une mouche, s’il y en avait dans ce pays-ci. Tous m’écoutaient religieusement, penchés vers moi, se bornant à des gestes admiratifs et à des murmures étouffés. Puis, quand j’eus fini, ce fut un nouvel assaut de cris, de bravos, de chocs de verre, et de nouveaux toasts, au point que j’en demeurai un moment comme interdite. Puis bientôt je me montai moi-même aussi, et, excitée en même temps par l’odeur des vins et des fleurs, et par tout cet enthousiasme qui n’était pas sans châtouiller mon petit orgueil, je me levai de nouveau, et j’entonnai, ou plutôt je déclamai avec beaucoup de châleur l’hymne national russe. Alors, ce ne fut plus de l’enthousiasme, ça devint du délire: on s’empressa autour de moi, on me serrait les mains, on me remerciait; j’étais la plus grande tragédienne du monde, et des temps passés et futurs....

Ma oh, come essa passò presto da questo tono confidente e gioviale all’accento dello sconforto e dei funebri presentimenti! L’interno turbamento provato quasi quotidianamente nel rappresentare e incarnare le più violente passioni, gli strapazzi dei suoi lunghi viaggi d’attrice, rovinarono presto la sua salute. L’anima ardente consumava e uccideva in lei il gracile corpo. Si può dire della Rachel quel che Musset cantò della Malibran:

C’est le Dieu tout-puissant, c’est la Muse implacable

Qui dans ses bras en feu t’a portée au tombeau.

Ogni grido di Fedra, ogni gemito di Ifigenia accresceva la magrezza e il pallore delle sue gote.

Fin dal ’55 essa sentì che per lei non c’era più speranza, e che i suoi giorni erano contati. La tosse, la febbre non la lasciarono quasi più. Il 7 gennaio essa scriveva dall’Avana queste dolorose parole:

.... Je suis malade, bien malade. Mon cœur et mon esprit sont tombés à rien. Je ne jouerai pas non plus à la Havane; mais j’y suis venue, et le directeur, usant du droit de son contrat, a demandé comme dommage 7000 piastres. J’ai payé les artistes jusqu’à ce jour. Je ramène toute ma pauvre armée en déroute sur les bords de la Seine; et moi peut-être comme un autre Napoléon j’irai mourir aux Invalides et demander une pierre ou reposer ma tête.... Mais non, je trouverai encore mes deux anges gardiens, mes jeunes fils: je les entends qui m’appellent. Aussi, c’est trop de temps passé hors de leurs baisers, de leurs caresses, de leurs chers petits bras. Je ne regrette plus l’argent perdu, je ne regrette plus la fatigue. J’ai porté mon nom aussi loin que j’ai pu, et je rapporte mon cœur a ceux qui l’aiment.

Semplice e antica espressione di un sentimento umano ed eterno! È il grido della madre moribonda, che essa manda dall’Avana e dall’Egitto nelle sue ultime fatali escursioni. Da Tebe, nel ’57, pochi mesi prima di morire, dettò la più bella, sua lettera, la quale rivela in lei rare qualità di scrittore. Descrive le rovine d’Egitto, il placido corso del Nilo, le Piramidi, e le ruine di Burnah che essa contemplò silenziosamente a un magnifico lume di luna, vincendo forse la sua repugnanza a morire nello spettacolo della morte di un mondo. Fragile vaso d’alabastro, rischiarato per pochi anni dalla fiamma interiore del genio, essa posò per qualche giorno sulle tombe dei re; e forse, come Adriano, sentì sospirare la statua di Mèmnone....