Mon cher Crispi,

J'attendais des paroles pacifiques de vous avant de vous écrire. Le reportage vous a chargé, tous ces jours-ci, de tant de projets sinistres que ceux qui vous connaissent en ont été, eux mêmes, déconcertés. La vérité se fait jour enfin: vous n'avez jamais songé à allumer une guerre entre nos deux nations.

Ceux qu'anime l'amour du Progrès et de la Démocratie souffrent de cette tension de rapports qui existent entre nos deux grandes et généreuses nations. Nous sommes faits pour nous entendre et nous aimer: vous le pensiez, du moins. Comment donc ne trouvez vous aucune parole pour faire tomber de ridicules préventions?

Je vous assure, mon cher Crispi, que notre Démocratie sympathise avec l'Italie, la noble contrée des Arts et de la Liberté.

Des hommes comme moi, qui vous sont attachés, sont désespérés de ce qui se passe. Faites un effort de votre côté. Ne vous décidez pas, au nom de la civilisation, à rompre tout rapport avec nous. Floquet a fait les premiers pas à Toulon; vous devez faire le reste. Le monde vous applaudirait.

Agréez, mon cher Crispi, avec l'assurance de ma vieille amitié pour vous, mes vœux les plus sincères.

Félix Pyat.»

Crispi, anzichè rispondere direttamente al Pyat, telegrafò all'Ambasciata a Parigi nei seguenti termini:

«Torino, 11/9/88

R. Ambasciata Italiana,
Parigi.