Sans donner suite aux nouvelles contradictoires reçues de Tunis et voulant même prêter fois au démenti de M. Ribot, j'ai la conviction que, tôt ou tard, la France saura acquérir la plénitude de la souveraineté de ce pays.

En attendant il ne faut pas oublier, que jusqu'au 6 avril 1881, c'est-à-dire un mois environ avant le traité du Bardo, M. Barthélemy Saint-Hilaire déclarait au Général Cialdini que le gouvernement français ne pensait aucunement à une occupation militaire permanente et moins encore à l'annexion de la Tunisie.

Si ce changement de domination en Tunisie venait d'avoir lieu sans opposition et à notre insu, la Tripolitaine ne tarderait pas à avoir son tour. Le Gouvernement de la République tend à occuper cette région, comme le prouvent surabondamment ses empiétements continuels sur la frontière.

Il arriverait alors que du Maroc à l'Egypte une seule puissance dominerait l'Afrique du nord, et que de cette puissance dépendrait la liberté de la Méditerranée. L'Italie, pour ce qui la concerne, serait sous la menace incessante de la France; Malte et l'Egypte ne seraient pour la Grande Bretagne une garantie suffisante.

En présence de tels dangers, il faut se préparer et prévenir l'exécution des desseins de la France.

La Tunisie ne pouvant être rendue à elle même, et puisque on ne peut empêcher le Protectorat de devenir un jour ou l'autre une souveraineté, il serait nécessaire de se premunir contre une occupation possible de la Tripolitaine de la part de la France en l'occupant avant elle.

Si nous avions la Tripolitaine, Biserta ne serait plus une menace pour l'Italie, ni pour la Grande Bretagne.

Nous sommes vos alliés nécessaires; et notre union vous garantirait la domination de Malte et de l'Egypte. Grâce à elle, l'Italie n'aurait plus à craindre qu'une double expédition militaire pût simultanément être dirigée contre elle de Biserta et de Toulon.

Je prie Votre Excellence de peser ces considérations et d'agir de concert avec le Gouvernement que j'ai l'honneur de présider. Il s'agit de notre salut et de votre grandeur dans la Mediterranée.

Je saisis cette occasion pour offrir à Votre Excellence les assurances de ma très haute considération.