—Vous devez être bien fatiguée, Madame, si jʼen juge par moi–même.
—Fatiguée, Linette? En bien, non! Ce nʼest pas le mot. Je me sens grise... tout à fait grise... et pourtant je pourrais aller bien plus loin encore, sʼil le fallait. Tu viendrais aussi, nʼest–ce pas, Linette?
—Sans doute, Madame.
—Pense donc! Une heure et demie de chemin de fer, puis cʼest Sidi–bel–Abbès, cʼest sa caserne, cʼest lui!... Je le verrai ce soir, Linette... Ah, mon Dieu, quand jʼy pense, il me semble que mon cœur étouffé nʼaura plus la force de battre...
—Assez de poudre, Madame! Par cette chaleur, il ne faut pas en mettre tant que ça.
—Suis–je très décoiffée?
—Ça dépend; pour lʼAfrique cʼest tout ce quʼil faut.
—Et, dʼailleurs, je me voile. Je me sens déjà très musulmane... Comme cʼest bête de traverser un si beau pays et de ne rien voir. Mais, au retour, puisque nous serons avec Laire, nous prendrons notre revanche. On ira partout voir les mosquées et les danseuses arabes. Je suis très curieuse de ces femmes, qui doivent être savoureuses et imprégnées de soleil comme des dattes mûres. Je tʼen prie, Linette, ne perds pas le sac où nous avons toute notre fortune. Que deviendrions–nous, si, aux bords du Sahara, nous restions sans galette?
—Je parie que Madame saurait très bien se tirer dʼaffaire même en Afrique.
—Crois–tu?