—Eh bien, je suis certaine quʼil nʼy a pas plus de 80 km. jusquʼà Sidi–bel–Abbès. On me lʼa dʼailleurs dit chez Cook.

—Très bien. Mais quelle importance cela a–t–il, Madame, quʼil y en ait quatre–vingt plutôt que cent?

—Une très grande importance, Linette. Car, sais–tu ce que nous allons faire? Au lieu de nous remettre dans un train asphyxiant, nous allons descendre dans un bon hôtel, prendre un bain tiède et parfumé, dont je raffole;—toi aussi, Linette, tu vas prendre un bain à lʼEau de Lavande,—puis on se reposera, on se rhabillera avec du linge frais, on déjeunera au restaurant pour voir les têtes de ces Français dʼAfrique, et pendant ce temps le portier se chargera de nous louer un auto dans un garage, afin quʼil nous mène à Sidi–bel–Abbès par la route nationale. On prendra lʼair et on verra le paysage. Quʼen dis–tu, Linette?

—Je dis que ce serait fort joli. Mais, dʼabord, est–ce quʼil y a seulement une route?

—Que tu es étourdie, Linette! Comment veux–tu quʼil nʼy ait pas de route où il y a un chemin de fer?

—On ne sait jamais, en Afrique... Et puis, ça doit coûter bigrement cher! Puisque nous avons nos billets jusquʼà Sidi–bel–Abbès...

—Voyons, ce sera comme partout: un franc le kilomètre. Quatre–vingt et quatre–vingt ça fait cent soixante; il faut compter en plus la sortie du garage et le pourboire du chauffeur. Si le portier nʼest pas un voleur, on doit sʼen tirer moyennant une dixaine de louis. Jʼen donnerais bien cinquante pour le revoir un quart dʼheure plus tôt!

—Je vous dis, Madame, que nous sommes en terre noire et quʼil ne faut pas gaspiller lʼargent. Je serai tout de même heureuse comme un poisson en me plongeant dans la baignoire!

—Donc, cʼest tout décidé. Dites–moi, monsieur le contrôleur, quel est le meilleur hôtel dʼOran?