—Bien sûr, bien sûr! Vous conjuguez à merveille... Mais cʼest toujours de la conjugaison, ma divine!... Pas autre chose que de la grammaire du sentiment. Allez plus loin: vous tomberez dans le crépuscule de lʼimparfait, vous vous éloignerez dans lʼombre du prétérit indéfini... Croyez–moi: la conjugaison des verbes nʼa dʼautre raison dʼêtre que lʼinconstance du cœur humain. Sans cela vous pourriez toujours dire: a «Jʼaime»—et ce serait vrai pour toute la vie.

—Sanderini, savez–vous quʼil est mort à la Légion Etrangère?

—Oui, je le sais.

—Comment le savez–vous?

—Quʼimporte, puisque je le sais?

—Mais... les détails?

—Oui, les détails aussi. Nous savons quʼil est mort en brave, criblé de blessures, sur le drapeau ennemi. Dʼailleurs, il nʼy avait quʼà voir sa tête pour être sûr quʼil marcherait tout droit. Moi, voyez vous, jʼai toujours dit au nez des moqueurs: «Oui, elle lʼaime, cʼest bien dommage... Pourtant je suis sûr que ce type–là nʼest pas un gangréné comme vous.» Et la Grande qui se rebiffait: «Mouche–toi, vieille chandelle! Tʼa–t–il fait cadeau dʼune épingle de cravate, que tu en parles comme de ton cousin?» Bref, laissons tout ça, ma divine. Quand on a eu un malheur... eh bien, cʼest dur, je le sais... Mais, tout de même, on lʼaccepte, on le plie en quatre comme un joli mouchoir de soie, on lʼenferme dans la petite boîte secrète que chacun porte en son cœur, et puis on lui dit, à cette gueuse, oui, exactement ce que vous avez dit: «Chienne de vie, drôlesse à quatrʼpattes, cʼest très dur, cʼest très très lourd, mais il faut bien que je recommence!...» Pas vrai?

—Sanderini, je vous ai fait venir parce que je sais que vous êtes un homme à rendre de menus services...

—Cʼest mon devoir.