—Oui, sans doute. Mais je me dis souvent quʼune femme jeune et forte peut très bien, dʼun jour à lʼautre, devenir tellement malade... attraper, que sais–je? une maladie infectieuse, avoir un accident dʼauto... en somme quʼelle peut très bien mourir...

—Oh, alors... ma fille!... Vous avez dit que vous alliez me faire rire...

—Oui, attendez. Ce nʼest quʼun préambule. Vous rirez tout à lʼheure. Donc, après ces réflexions plutôt lugubres, jʼai trouvé naturel de me faire une verte réprimande: «Toi, Bluette, tu es dʼune imprévoyance extrême! Tu possèdes une belle fortune, une très belle fortune, et jamais tu nʼas songé à établir ce que tu voudrais quʼon en fasse, si, par un hasard quelconque...» Bref: je suis venue, père Bollot, pour vous dicter mon testament.

—Mais que diable me chantez–vous là, ma fille! Votre testament? A votre âge? Par le beau temps quʼil fait? Dois–je en entendre des bêtises?

—Si, si, père Bollot! Riez–en tant quʼil vous plaira, mais cʼest une idée que je ramène dʼAfrique, et je suis très fidèle, vous le savez bien, aux idées qui me viennent de là–bas.

—Je ne dis rien, ma fille. Si vous tenez absolument à faire votre testament, je croirai quʼune mauvaise che vous a piquée, et nous allons nous y mettre un de ce jours. Rien ne presse.

—Au contraire...

—Mais comment?

—Oui, vous avez raison: rien ne presse. Rien ne presse, en effet... Mais je veux tout de même que ce soit fait au plus vite.

—Ah, ma chérie, cʼest un genre de gaîté à laquelle je ne mʼattendais pas du tout. Tiens! Vous me faites penser au mien... qui est beaucoup plus nécessaire, quoique très simple.