Je dis donc, qu'il est bien plus facile de conserver des Etats héréditaires, que des Etats nouvellement conquis. Parce qu'il sufit de ne point outrepasser l'ordre établi par ses ancêtres, et de s'acommoder aux tems. En sorte que si un Prince est médiocrement habile, il se maintiendra toujours dans son Etat, à moins qu'il n'y ait une force excessive qui l'en prive. Encore le recouvrera-t-il, quelque forte que soit l'usurpateur (Le Prince, chapitre II). [San doute. — Il ne suffit pas. — Il est difficil aux princes hereditaires d'estre depouillies. — Il a raison.]

Comme le Prince naturel a moins d'ocasions et de raisons d'ofenser ses sujets, il faut qu'il en soit plus aimé: et si des vices extraordinaires ne le font haïr, ils ont naturellement de l'inclination pour lui (Ivi). [On ne liait gere les vices des princes regnants. — Cela est vrai.]

Au dire de Tacite, il y a toujours moins d'inconvenient à garder le Prince que l'on a, qu'à en chercher un autre. Minore discrimine sumi Principem quam quaeri (Ivi, in nota). [Je pense qu'il a raison.]

Toute mutation d'Etat laisse toujours de quoi en faire d'autres (Chapitre II). — Car au dire de Paterculus, l'on enchérit toujours sur les premiers éxemples. Non enim ibi consistunt exempla unde coeperunt, etc. (Ivi, in nota). [Cela arrive par la faute des princes.]

Les hommes changent volontiers de Prince, dans l'espérance d'en trouver un meilleur (Chap. III). [Les hommes changent touiour ce quils ne trouve presque iamais.]

An Neronem extremum dominorum putatis? Idem crediderant qui Tiberio, qui Caio superstites fuerunt: cum interim intestabilior et saevior exortus est (Ivi, in nota). [Il est dificil d'avoir un pire que le present.]

Ferenda Regum ingenia, neque usui erebras mutationes (Ivi, in nota). [Pourveu quil ne se rendent pas insuportables.]

Se miminisse temporum quibus natus sit:... bonos Imperatores voto expetere, qualescumque tolerare. — Paroles, que Machiavel a raison d'apeller sentence d'or (Ivi, in nota). [Il a raison.]

Quiconque les voudroit conserver, après les avoir aquises,[814] il faudroit faire deux choses. L'une, extirper toute la race de leur ancien Prince. L'autre, ne point changer leurs loix, ni augmenter les tailles (Chap. III). [Tout cela nest pas mal remarqué.]

Les colonies coûtent peu au Prince, qui d'ailleurs n'offense que ceux, à qui il ôte les terres et les maisons, pour les donner aux nouveaux habitans. Outre que ceux, qu'il ofense, ne faisant qu'une tres-petite partie de l'Etat, et restant pauvres et dispersés, ils ne lui peuvent jamais nuire (Ivi). [Il faut craindre ceux qui n'ont rien a perdre s'ils on du coeur.]