Je conclus que les colonies, outre qu'elles ne coûtent rien, sont plus fidéles et ofensent moins: et que les ofensés étant pauvre et dispersés, il ne sauroient nuire (Ivi). [Tout ceci ne seroit pas sot, sil n'estoit impie.]

Mais si au lieu de colonies, on emploie de la milice, la dépense est bien plus grande, et consume tous les revenus de cet Etat en garnisons (Ivi). [Il n'a pas trop de tort.]

Et ce sont là ceux, qui lui peuvent nuire devantage, comme étant ennemis domestiques (Ivi). [Les ennemis domestiques son san doutte les plus dangereux.]

Le Prince, qui aquert une province, qui a des coûtumes diférentes de celles de son Etat, doit encore se faire chef et protecteur des voisins moins puissans, et s'étudier à afoiblir les plus puissans [Tout cela n'est pas sot, et i'en conois qui se sont bien trouvé pour l'avoir pratiqué.]: et sur tout empêcher absolument, qu'il n'entre dans céte Province quelque étranger aussi puissant que lui. Car il arive toujours, qu'il y en est mis quelqu'un par les mécontens de la Province, soit par ambition ou par peur. [Le mond n'est plus fait de la sorte.] Tèmoin les Romains, qui furent introduits dans la Grèce par les Etoliens, et qui, par tout ou ils mirent le piè, y furent toujours apellés par les Provinciaux (Ivi). [Comme les Suedois en Allemange.]

Aussi tôt qu'un étranger puissant entre dans une Provincie, tous ceux de la Provincie, qui sont moins puissans s'unissent volontier avec lui, par un motif de haine contre celui, qui étoit plus puissant qu'eux. [Cela arriva a la Suede en Alemagne.] Tout ce dont il a à se garder, est, qu'ils ne deviennent trop forts, et qu'ils ne prennent trop d'autorité. [Cela ne manque iamais.] Et, pour cet éfet, il doit emploier ses propres forces et les leurs à abaisser ceux qui sont puissans, pour demeurer, lui seul, arbitre de toute la Province. [Cela ce fait assé. Il a raison.] Et quiconque ne saura pas méttre cela en oeuvre, perdra bien tôt ce qu'il aura aquis, et n'aura point de repos tant qu'il le gardera (Ivi). [Nous austre Suedois savons bien pratique ausi.]

Les Romains firent ce que doivent faire tous les Princes sages, qui ont à pourvoir, non seulement aux maux présens, mais encore aux maux à venir. [Il a raison.] Car en les prévoiant de loin, il est aisé d'y remédier; au lieu que si l'on atend, qu'ils soient proches, le reméde n'est plus à tems, dautant que la maladie est devenüe incurable. Les médecins disent, que la fièvre étique est facile à guérir, et dificile à connoître [Comparaison admirable.]: au lieu que dans la suite du tems, elle devient facile à connoître et dificile à guérir, quand elle n'a pas été connüe, ni traitée dans son commencement. Il en est de même des afaires d'Etat. Si l'on connoit de loin les maux qui se forment (ce qui n'apartient qu'à l'homme prudent), on les guérit bien-tôt. [Tout consiste en ce prevoiance.] Mais si, faute de les avoir connus, ils viennent à croitre à un point qu'un chacun le connoisse il n'y a plus de reméde. Comme les Romains prévoioient de loin les inconvéniens, ils y remédiérent toujours si à propos, qu'ils n'eurent jamais besoin d'esquiver la guerre, sachant, que de la diférer, ce n'est point l'éviter, mais plutôt procurer l'avantage d'autrui. [Ce sont des verités qui ne suffre point de contradition.] Ils la firent donc à Filippes et à Antiocus en Grece, pour n'avoir pas à la faire avec eux en Italie. [Que ceci est beau et vrai.] Et quoiqu'ils pussent alors éviter l'une et l'autre guerre, ils ne le voulurent pas. Contraires en cela aux sages modernes, qui disent à tous propos, qu'il faut joüir du bien fait du tems: au lieu qu'eux aimaient mieux éxercer leur valeur et leur prudence. Car le tems aporte du changement à toutes choses, et peut amener le bien comme le mal, et le mal comme le bien (Ivi). [Voila la politique roiale et la seulle solide. — Verité incontestables.]

Loüis fut introduit en Italie par l'ambition des Vénitiens, qui vouloient, par ce moien, gagner la moitié de la Lombardie (Ivi). [Ie pense qu'ils on la mesme envie.]

Et ce fut alors que les Vénitiens purent s'apercevoir de la folie qu'ils avoient faite de rendre Loüis le maitre de deux tiers de l'Italie, pour aquerir seulement des villes en Lombardie (Ivi). [Elle estoit grande sen doutte.]

Aiant à craindre, les uns, le Pape, et les autres, Venise (Ivi). [Qui craint aujour d'hui le P. P.]

Il fit le contraire,...[815] sans s'apercevoir qu'il s'afoiblissoit lui même en perdant ses amis, et ceux qui s'étoient jétés entre ses bras; et qu'il agrandissoit le Pape, en lui laissant aquérir tant de temporel, avec le spirituel, qui rend déjà son autorité si grande (Ivi). [On corrige a present cette faute en France.]