Celui qui s'est le moins fié à la fortune, s'est toujours maintenu plus longtems, [Il faut ny se fier ni desperer de la fortune.] et cela est encore plus facile a celui, qui, faute d'avoir d'autres Etats, est contraint d'aler demeurer dans sa nouvelle Principauté (Ivi). [Ce n'est pas un gran malheur qu'une telle contrainte.]
Et bien qu'il ne faille rien dire de Moïse, qui n'a fait qu'exécuter les choses que Dieu lui avait ordonnées, si est-ce qu'il merite d'être admiré, [Il merite sen doute l'admiration.] pour céte seule grace, qui le rendoit digne de parler avec Dieu. Mais pour Cirus et les autres, qui ont aquis ou fondé des Roiaumes, tout en est admirable. Et si l'on considére leurs actions, et leurs institutions particuliéres, elles se trouveront peu diférentes de celles de Moïse, qui avoit eu un si grand précepteur. [Tout est de Dieu, de quelque point qu'il vienne.] Et à bien examiner leur vie, il se verra que la fortune ne leur avoit fourni que l'ocasion, qui leur donna lieu d'ètablir la forme de Gouvernement qu'ils jugérent à propos. Et faute d'ocasion leur valeur eût été sans fruit, et faute de valeur l'occasion se fut perdüe (Ivi). [Que cecy est dit divinement.]
Il n'y a point d'entreprise plus dificile, plus douteuse, ni plus dangereuse, que celle de vouloir introduire de nouvelles loix. [Cela est vrai.] Parce que l'auteur a pour ennemis tous ceux, qui se trouvent bien des anciennes, et pour tiédes défenseurs ceux même à qui les nouvelles tourneraient à profit. [Que tout ceci est bien dit.] Et céte tiédeur vient en partie de la peur qu'ils ont de leurs adversaires,... en partie de l'incredulité des hommes qui n'ont jamais bonne opinion des nouveaux établissemens, qu'après en avoir fait une longue expérience (Ivi). [Il on quelque raison.]
Il est besoin.... de voir, si ces législateurs se soutiennent d'eux mémes, où s'ils dépendent d'autrui, c'est-à-dire, si pour conduire leur entreprise, il faut qu'ils prient, et en ce cas ils échoüent toujours; ou s'il peuvent se faire obéir par force, et pour lors ils ne manquent presque jamais de réüssir. De là vient, que tous le Princes que j'ai nommés, ont vaincu aiant les armes à la main, et ont péri étant désarmés (Ivi). [Ha que cela est bien dit. — La force est l'unique segret de faire tout reusir. — S'est l'unique segret.]
Il est aisé de leur persuader[817] une chose, mais il est dificile de les entretenir dans céte persuasion. Il faut donc métre si bon ordre, que lors qu'ils ne croient plus, on leur puisse faire croire par force. [On ne peut faire croire les gens par force, mais on peut les forcer d'en faire le semblent, et c'est asse.] Moïse, Cirus, Tesée et Romulus, n'eussent jamais pû faire observer longtems leurs loix, s'ils eussent été désarmés (Ivi). [C'est là le gran miracle de la religion christienne.]
Quiconque lira la Bible de sens rassis, dit Machiavel.... verra que Moïse, pour rendre ses loix inviolables, fut forcé de faire mourir une infinité d'hommes qui par envie s'oposaient à ses desseins (Ivi, in nota). [C'estoit un malheur.]
Moise.... dit ces paroles: Et occidat unusquisque fratrem et amicum et proximum suum (Nella stessa nota). [Que terrible commandement.]
Ces sortes de gens rencontrent d'abord de grans obstacles, et même de grans dangers sur leur route, et il leur faut un grand courage pour les surmonter. [Tout cela est infalible.] Mais aussi, quand ils l'ont fait, et qu'ils commencent d'être en vénération par la mort de leurs envieux, ils deviennent puissans, hureux et respectés (Chap. VI). [Il faut savoir thrionfer de l'envie sen faire mourir les envieux. Ce seroit leur faire trop d'honeur.]
A ces grans éxemples, j'en veux ajouter un moindre.... C'est celui d'Hiéron, qui de particulier devint Prince de Siracuse, sans en devoir autre chose à la Fortune que l'occasion (Ivi). [Cet lui devoir beaucoup.]
Les écrivains, qui ont parlé de lui,[818] disent que, dans sa fortune privée, il ne lui manquoit rien pour regner qu'un Roiaume (Ivi). [Cet un gran et beau defaux.]